Paroisse Saint Vincent de l’Hermitage
Paroisse Saint Vincent de l’Hermitage


Éloge de la sieste

Nous sommes en été, et parler de sieste n’est pas du tout incongru, d’autant plus que notre paroisse est située à l’extrême nord de l’expansion de la sieste.


 

Je ne veux pas parler de cette sieste où l’on envoie dormir les enfants pour que les parents et grands-parents aient un « temps calme ».
Non, la sieste primitive, comme celle des indiens Yanomami du Venezuela dont Claude Levi Strauss a fait le sujet de « Tristes Tropiques ». Une sieste parfois collective, où les parents et les enfants, bercés dans leur hamac, ont de vraies conversations, ou, si l’on est seul, on se laisse emporter par des rêves éveillés, des songes avant de prendre des décisions importantes.
C’est de cette sieste-là dont il est question. On peut imaginer ces discussions où l’on laisse le cœur aller, allongés dans des transats à l’abri d’un mûrier où dans la demi obscurité d’une chambre. J’imagine que vous allez protester. On ne parle pas de sieste dans l’ancien et le nouveau testament. C’est vrai, Paul de Tarse est un Nordiste, Tarse est en Turquie... Mais l’évangéliste Jean ? Je ne l’imagine pas rédigeant son Évangile ou l’Apocalypse sans siestes pour peser les mots nécessaires pour rendre témoignage à la Lumière.
Donc laissez-vous aller à des siestes d’après-déjeuner. En plus, le calme qui s’instaure est le terrain propice pour le Saint-Esprit : il n’agit pas dans le bruit et la fureur ou dans le stress. Donc profitons de cette sieste pour, par exemple, évoquer quelques actions de Dieu auprès des plus jeunes, pour apprendre aux adolescents à se décentrer pour placer Dieu au milieu de leurs préoccupations spirituelles.
Et, si nous sommes seuls, laissons nous imprégner (comme de l’huile sur notre front) par l’Esprit qui guidera nos petites réflexions d’avant décision. La paroisse a besoin de cœurs, mais aussi de bras. Il y a tant de tâches à accomplir. L’accueil, l’ouverture des églises, l’animation, l’accompagnement des malades, fleurir les églises, bricoler... Et il y a aussi la tête : reconnaître qu’on a besoin de se former, d’être aidé pour prier, pour découvrir la parole de Dieu. On l’a bien vu à la Pentecôte, les textes du Synode diocésain sont des appels à la mission.
Pas forcément de grandes choses. Par exemple, accompagner les enfants d’une voisine au catéchisme vous ouvrira les portes du Paradis. Bon, c’est moins glorieux que l’entrée par la grande porte de Mère Térésa, mais on s’en fiche, l’essentiel c’est d’y entrer, de s’y glisser... Et la sieste est certainement, l’été venu, le meilleur endroit pour s’y décider. L’Église a surtout besoin de tout petits saints. Ceux qui forment sa base, qui la font avancer à petits pas, exactement comme l’Esprit Saint agit avec nous.
La sieste, je le répète, est ce moment de repos qui prépare l’avenir. En plus, une prière allongée, bien peinard, confortable : surtout ne pas dormir, mais découvrir l’expérience d’être là à côté de Lui. Une petite demi-heure non pas pour recharger ses batteries, mais prendre de la hauteur. (Donc de se rapprocher du ciel).
Si vraiment vous faites la sieste cet été comme les Yanomami, alors en septembre nous verrons l’afflux des volontaires. Des centaines de pierres vivantes qui s’assemblent pour former le Corps du Christ.
Je suppose qu’il y a des estivants du Nord qui liront ce Trait d’Union : essayez vous aussi cette forme de sieste, ça sera toujours utile pour votre paroisse là-haut ! Et pour votre âme ici-bas.

François BAUDEZ






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