Paroisse Saint Vincent de l’Hermitage
Paroisse Saint Vincent de l’Hermitage


Au nom du Père Jacques et de Fatima

L’éditorial de Drôme-Hebdo du 28 juillet revient sur les attentats du mois de juillet. Il nous convie à "rester des hommes de foi paisibles" et participer à une meilleure connaissance réciproque.


 

Elle avait 62 ans. Elle avait donné la vie à huit enfants. Elle habitait Nice depuis une vingtaine d’années. Elle avait décidé de participer au feu d’artifice ce 14 juillet sur la promenade des Anglais. C’est son corps qui, le premier, roula sous les roues folles du camion frigorifique blanc. Elle s’appelait Fatima. La première victime de Mohamed Lahouaiej-Bouhlel était musulmane. Pieuse et voilée. Elle pratiquait selon sa famille "un islam du juste milieu". Loin des discours de Daech, dont elle a été victime comme un certain nombre de ses coreligionnaires qui ont payé un lourd tribut à ce funeste 14 juillet.
Il avait 86 ans. Il était prêtre catholique dans le département de Seine-Maritime depuis 1958 et officiait dans l’église de Saint Étienne du Rouvray, près de Rouen. Il participait dans son diocèse à un comité interconfessionnel mensuel dont faisait partie également l’imam de Saint Étienne du Rouvray. Le Père Jacques célébrait mardi la messe devant quelques paroissiens et religieuses avant de se faire égorger dans une prise d’otages aussi horrible que lâche. Revendiquée par Daech également.
Une femme voilée, un homme curé. Profondément religieux et profondément paisibles. Au sud et au nord de notre pays. A douze jours d’intervalle. Nous n’avons pas fini d’essayer de comprendre ce que cette tuerie et cet assassinat disent de notre pays et de ses échecs multiples.

Certes, il faut accroître la vigilance des forces de l’ordre en France et en Europe pour empêcher tout nouvel acte terroriste. Mais, comme nos voisins Allemands viennent d’en faire la douloureuse expérience eux aussi cette semaine, le fameux "risque zéro" n’existe décidément pas.
Au-delà du combat "technique" de lutte contre le terrorisme, les attentats de Nice et de Saint Étienne du Rouvray doivent nous interpeller sur un autre plan, que révèle le double "sacrifice du sang" de Fatima et du Père Jacques.
C’est une musulmane paisible qui a été, un soir de fête nationale, la première victime de Daech. C’est un prêtre catholique, dans son église et en pleine messe, qui en a été tout autant victime, douze jours après. Voilà ceux que Daech finalement a en haine plus que tout : des femmes et des hommes de foi qui témoignent de la "paix et de la joie de Dieu". Cette "paix de Dieu" qui profondément les unit. Cette "joie de Dieu" que l’on peut voir sur les visages des 35000 jeunes Français qui participent avec les jeunes du monde entier aux JMJ de Pologne en ce moment.

La solidarité "dans le sang versé" des "aînés" Jacques et Fatima leur montre pour ainsi dire le chemin. Elle "oblige" aujourd’hui celle des millions de croyants. Elles les "oblige" d’abord à rester des hommes de foi paisibles. Elle les oblige ensuite à briser la glace, entre eux, pour emmener ensemble la France au-delà de la peur du terrorisme.
Ce terrorisme religieux est par essence absurde. Mais le sacrifice de Fatima et du Père Jacques, lui, ne le sera pas s’il permet à notre société française de relever ce défi majeur que nous avons longtemps cru pouvoir éviter. Il est encore temps de le prendre à bras-le-corps. Au nom du Père Jacques et de Fatima.
Pierre SCHMIDT,
Éditorial de Drôme-Hebdo du 28 juillet 2016


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