Paroisse Saint Vincent de l’Hermitage
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Aimez-vous les uns les autres : campagnes électorales

Nous rentrons, pour quelques mois, en campagne électorale. Quel regard un chrétien doit-il poser sur ces événements en particulier, ou la politique en général ? La question du politique interroge l’Église depuis ses origines. Et, à notre époque, notre société ultra-laïcisée a perdu le fil de ces réflexions.


 

Revenons-y : les écrits de Max Weber, protestant, économiste et fondateur de la sociologie moderne (1864-1920) ont très largement inspiré notre Église catholique depuis le concile Vatican II.
Selon lui, le pouvoir politique est la domination exercée par une personne, ou un groupe de personnes, dans une société dans le but d’organiser celle-ci. La cohérence d’un projet politique est assurée par un pouvoir politique qui mène cette action. Ce contrôle peut être fait à l’encontre de la volonté populaire (dictature) ou au nom du peuple, c’est à dire par et pour le peuple (démocratie). Max Weber définit ainsi trois types de domination :
- la domination traditionnelle : le chef est chef en raison de ses ascendances divines, de ses pouvoirs mystiques, de son lien avec l’au-delà...
- la domination charismatique : en raison de son comportement héroïque, de son charisme, de l’admiration irrationnelle qu’un être suscite. Celui-ci est considéré comme le chef naturel, spontanément plébiscité... Une survivance moderne de cette domination est le moteur du mythe de « l’homme providentiel ».
- la domination légale-rationnelle : on élit le plus compétent, celui qui est à même de gouverner le pays non pas parce qu’il impressionne, mais juste parce qu’il fait bien son travail...
Il faut bien garder en tête que ce sont des exemples absolus, et qu’on peut tout à fait combiner ces trois types... Dans ce cadre, la politique est surtout une affaire d’éthique. Or il y a une opposition abyssale entre l’attitude de celui qui agit selon les maximes de l’éthique de conviction - dans un langage religieux nous dirions : « Le chrétien fait son devoir et, en ce qui concerne le résultat de l’action, il s’en remet à Dieu » - et l’attitude de celui qui agit selon l’éthique de responsabilité qui dit : « Nous devons répondre des conséquences prévisibles de nos actes. »
Avec ces deux fonctions, de domination et d’éthique, nous avons une grille de lecture de ces prochaines campagnes électorales. Le Christ n’a pas choisi une éthique particulière. Dans les Béatitudes, il montre une éthique de conviction. Et dans « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu » une éthique de responsabilité. En revanche, pour l’ Église, il a choisi la domination légale-rationnelle : il n’a pas choisi d’hommes providentiels parmi ses Apôtres, mais ceux que Péguy appellera des hommes de bonne volonté.
Voici donc une grille de lecture qui nous permettra de suivre avec le recul nécessaire ce flot de débats, d’invectives et peut-être pire encore. Reste le moment de voter. Paraphrasant la légende des siècles, de Victor Hugo, je dirai « l’œil était dans l’isoloir et regardait l’électeur ». Alors bon courage pour ces quelques mois...
François BAUDEZ






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